Publications

Hypnose et imagination créatrice. Une poétique de l'action.

Etoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactives
 

L’action hypnotique a ce pouvoir de faire naître les images, la rêverie, et à travers elles l’imagination, véritable force de transformation. Voilà pourquoi hypnose et poésie sont si proches, transmettant au patient l’élan pour agir, nous explique l’auteur...

L’hypnose est trop souvent reléguée à un état accessoire, flou, parfois même suspect, comme si elle ne pouvait être que manipulation, torpeur ou spectacle. Pourtant, si l’on prend le temps d’écouter les battements souterrains de l’imaginaire humain, on découvre en elle une voie singulière vers l’action – non pas une action mécanique ou forcée, mais une action intérieure, libre, enracinée dans une vision.


Car l’hypnose est moins une fuite qu’un plongeon dans l’imaginaire actif – ce champ intermédiaire que Carl G. Jung appelait la réalité  
psychique, un espace où les images ne sont ni de simples reflets de la pensée ni des objets du monde extérieur, mais des forces vivantes, dotées d’un pouvoir de transformation. L’action hypnotique naît de cette profondeur : de cette faculté à s’ouvrir aux images, à les traverser, à se laisser façonner par elles.


C’est précisément dans cette dynamique que l’imagination redevient une force. Non pas l’imagination frivole, stérile ou évasive, mais une imagination opérative, qui travaille sur le corps, sur les gestes, sur le monde. « L’imagination est une force divine », disait William Blake. Et cette force, l’hypnose l’actualise. Gaston Bachelard, encore lui, écrivait dans La poétique de la rêverie : « Toute rêverie active est un travail de germination. » Et c’est bien de cela qu’il s’agit : dans l’état hypnotique, on rêve pour agir, on imagine pour décider, on ressent pour transformer. Loin d’être une paralysie du vouloir, l’état hypnotique est souvent le lieu d’un redéploiement du possible. « Rien de grand ne s’est accompli sans une grande imagination », disait Georges Duhamel.

Imaginer pour faire : la fonction de possibilité L’imagination n’est pas contraire à l’action. Elle en est la matrice invisible. Toute action humaine digne de ce nom procède d’une vision, d’un élan, d’une image anticipée du monde modifié. Dans l’hypnose, ce lien devient palpable : l’image précède le geste, la métaphore prépare le mouvement, et parfois le symbole devient moteur. Car imaginer, c’est déjà commencer à faire.  


L’acte n’est que la concrétisation visible d’un mouvement souterrain. Et dans cette préparation invisible, l’hypnose agit comme un amplificateur. Elle rend les images vivantes, elle les densifie, elle les inscrit dans le corps. C’est pourquoi l’hypnose est si proche de la poésie : elle transforme la perception en puissance.


L’HYPNOSE COMME DRAMATURGIE DE SOI
Entrer en hypnose, c’est entrer dans un autre rapport à soi-même et au monde. C’est renouer avec cette part de nous qui imagine non pour fuir le réel, mais pour mieux s’y projeter, s’y impliquer, s’y inscrire autrement. C’est ici que l’action trouve sa source véritable : dans l’écoute d’un monde plus vaste, plus dense, plus riche. Le sujet hypnotisé ne dort pas, il veille autrement. Il n’est pas passif, il se rend disponible.


« Le poète est celui qui donne des ailes à l’action. » Friedrich Hölderlin  
Alors, que fait l’hypnotiste ? Il est à la fois metteur en scène et témoin, guide et poète.  
Il ne pousse pas l’autre à agir, il l’aide à retrouver en lui la force d’agir à partir d’une image intérieure, d’un symbole qui touche juste, qui éclaire, qui résonne. Un mot, un geste, une suggestion poétique, et soudain le monde se réorganise autour d’un centre neuf.


CONCLUSION : POUR UNE HYPNOSE OPÉRATIVE ET POÉTIQUE
Loin d’un état d’abandon ou de repli, l’hypnose est une zone de passage entre la rêverie et le geste, entre l’image et le réel, entre le poème intérieur et l’acte extérieur. Elle n’est pas un détour, elle est une préparation profonde, une germination du possible.
 
« Ce qui ne se pense pas s’imagine ;
ce qui ne s’imagine pas ne se fait pas. »
Vladimir Jankélévitch


Ainsi l’hypnose, loin de détourner l’homme de l’action, le ramène à la source même de son agir : son imaginaire. Là où se forme la vision d’un autre monde, d’un autre soi, d’un autre rapport au réel. Là où l’image ne décrit plus, mais transforme. Et dans ce mouvement, l’homme ne dort pas : il s’élance.



Dr Alexandru Cupaciu
Médecin réanimateur dans le Centre de traitement des grands brûlés à l’hôpital Saint-Louis à Paris, hypnothérapeute et photographe.


 

Revue Hypnose Therapies Breves 79Dans la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 79 Nov. / Déc. 2025 / Janv. 2026

DEPRESSION

Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°79…

8 / Éditorial :
Le partage de l’imaginaire pour faire émerger des ressources Julien Betbèze
10 / En couverture : Gabrielle Grimaldi Pics et dentelles d’aquarelle Sophie Cohen
12 / Hypnose et imagination créatrice Une poétique de l’action Alexandru Cupaciu.
16 / Acrophobie Externaliser pour se réassocier et retrouver le souffle Anne Malraux
26 / Hypnose de spectacle et hypnose clinique. Deux visages, deux finalités, une double vigilance éthique Fabrice Lakdja et Gérard Ostermann
32 / Quel est le premier souvenir qui vient ? Dissoudre une problématique figée en s’appuyant sur un souvenir source Michel Lamarlère
44 / Du divan au fauteuil Sortir de la répétition des schémas relationnels antérieurs Sylvie Le Pelletier-Beaufond

ESPACE DOULEUR DOUCEUR
50 / Introduction Gérard Ostermann
54 / Encoprésie et Caca farceur Dessine-moi ton problème Corinne Paillette
62 / L’anéjaculation Quand la panne sex-prime Karine Ficini
73 / Boules de couleur en chirurgie dentaire « Elle courait dans sa tête » Thierry Hueber

84 / DOSSIER DÉPRESSION
86 / Défaut et faute : Les agents doubles de la dépression Wilfrid Martineau
96 / Dépression et renoncement Mouvement de bascule et choix Alain Vallée

QUIPROQUO
104 / Renoncement S. Colombo, Muhuc

BONJOUR ET APRÈS...


108 / Denise, Son sommeil abîmé et ses cauchemars Sophie Cohen

LES CHAMPS DU POSSIBLE

112 / L’écho silencieux : Quand le corps du thérapeute devient miroir du traumatisme Adrian Chaboche

CULTURE MONDE 

116 / La naissance à l’envers. Restaurer les potentiels d’auto-guérison Sylvie Le Pelletier- Beaufond

LIVRES EN BOUCHE
120 / J. Betbèze, S. Cohen

124 / ESPACE FORMATIONS

Popup Button