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Les thérapies EMDR de groupe. La force des vécus partagés face aux traumas.



Les thérapies EMDR de groupe. La force des vécus partagés face aux traumas.
Privilégier l’effet de groupe. La stratégie EMDR groupe présentée ici s’appuie sur la solidarité et le renforcement des liens entre personnes victimes pour traiter des psychotraumas dans des contextes aussi divers que les violences domestiques infligées aux enfants, les réfugiés, les guerres ou les catastrophes naturelles.

Les besoins de soins du psychotrauma sont majeurs et vont augmenter, si on en croit le GIEC qui nous annonce une augmentation des catastrophes naturelles, et l’IPBES qui nous dit que nous sommes entrés dans « l’ère des pandémies ». Les services publics hospitaliers et médico-sociaux sont à la peine pour répondre aux besoins des femmes et enfants victimes de violences domestiques et des personnes en précarité comme les réfugiés, qui souffrent souvent de multiples traumas. Comment donc passer à l’échelle supérieure ? Les thérapies EMDR de groupe sont une pratique prometteuse pour répondre à la hauteur des besoins :

leur intérêt n’est pas seulement lié au rapport coûts/bénéfices, mais au fait que des ressources groupales spécifiques sont mobilisées : les vécus partagés créent des liens de solidarité, de compassion, de validation mutuelle, et ils apportent de la contenance, de la sécurité et de l’efficacité à la traversée des émotions douloureuses. On peut aussi mobiliser une « équipe de protection émotionnelle » (personnes proches, membres d’une associa - tion) pour élargir la démarche à une dynamique de « santé mentale communautaire », telle qu’elle a été théorisée par Adalberto Barreto dans les favelas du Brésil (1), et mise en oeuvre par exemple par Simon Gasibirege au Rwanda (2). Je vais vous partager mon expérience de ces groupes dans différents contextes, puis je vous en donnerai une perspective plus large.

L’EMDR de groupe pour des enfants et adolescents placés ayant vécu des violences domestiques graves

Susana Roque-Lopez, une collègue franco-colombienne, s’est engagée avec passion depuis 2008 pour les enfants placés en Colombie à la suite de violences domestiques graves, fréquentes dans ce pays qui se relève de cinquante ans de guerre civile... Elle a mis en place des séjours théra - peutiques très structurés et a montré leur efficacité par une série de recherches (3) : les symptômes de stress post-traumatique régressent très nettement, et ceci se confirme dans la durée (elle les réévalue après trois mois).

J’ai eu la chance de participer en juin 2019 à un tel séjour pour 24 filles de 13 à 15 ans, qui avaient toutes vécu au moins 4 traumas graves de l’enfance (ACEs) (4). Pendant les trois premiers jours, on les aide à renforcer leurs ressources par la méditation, l’exercice du lieu sûr, des ressources corporelles (cohérence cardiaque, yoga, sport), le reparentage de l’enfant intérieur, etc. Des artistes apportent des médiations précieuses pour les aider à apprivoiser l’accueil et l’expression de leurs émotions. Le fil conducteur du séjour, fondé sur l’histoire de l’enfance du roi Arthur, était « le voyage des héroïnes ». Les adolescentes pouvaient ainsi exprimer, à travers la musique, la danse, les arts plastiques et le théâtre, les émotions de quelqu’un qui leur ressemble : Arthur se trouve sans famille, rencontre un tuteur de résilience qui croit en lui et l’aide à développer ses ressources (l’enchanteur Merlin), affronte des difficultés et atteint ses objectifs. Le séjour se fait dans un beau lieu, dans la nature, il y a une nourriture de qualité, et la confiance entre les filles et avec les adultes grandit de plus en plus. Il devient alors possible de se confronter aux souvenirs douloureux, qui étaient jusque-là masqués par des réactions défensives de déni, de provocation ou de séduction.
Pendant les deux jours suivants, on met en oeuvre matin et après-midi un groupe d’EMDR pour traiter leurs troubles post-traumatiques. On leur propose de diviser une feuille de papier A4 en quatre rectangles : en haut à gauche, chacune dessine l’image qui correspond au pire moment, note son niveau de perturbation de 0 (pas du tout) à 10 (la pire imaginable), et repère ce qu’elle sent dans le corps ; puis elle fait des mouvements oculaires de droite à gauche (ou le « câlin du papillon » en tapotant alternativement sous les clavicules, les bras croisés sur le thorax) pendant environ 3 minutes, en laissant se dérouler tout ce qui lui vient à l’esprit. Dans la partie de la feuille en haut à droite, elle dessine alors l’image qui est présente maintenant à son esprit et note son niveau de perturbation ; puis elle refait des stimulations bilatérales alternées pendant 3 minutes. On refait cette démarche plusieurs fois, et on termine la séance en reve - nant sur une expérience positive, comme le lieu sûr, ou une projection positive de soi dans le futur.

Le dernier jour, les filles qui ont encore une perturbation liée au trauma (environ la moitié) sont traitées individuellement en une ou deux séances. Il est impressionnant de voir que le processus de résilience se fait alors rapidement, grâce à la confiance et aux ressources mises en place. Lors de la fête du dernier soir, une adolescente est venue me dire : « Tu sais, Emmanuel, après que tu m’as traitée, je me suis allongée dans l’herbe, j’ai regardé le ciel et j’ai vu les nuages qui s’en allaient, comme mes problèmes du passé. Et je me suis dit, j’ai vraiment senti en moi : je suis une femme forte. » Depuis le début de l’action de Susana, ce sont maintenant 400 jeunes qui ont bénéficié de ces séjours. Au-delà de la guérison des symptômes post-traumatiques, c’est tout leur chemin de résilience qui est facilité : ils ont une meilleure image d’eux-mêmes, une meilleure régulation de leurs émotions, moins de troubles du comportement, plus de confiance dans leurs ressources. Ils sont plus disponibles et motivés pour les apprentissages, ont une meilleure relation aux autres, et ont plus de chances de construire à l’avenir une bonne relation de couple et de parent .

Les traumas peuvent inscrire des « marques » sur l’ADN, qui vont modifier son expression.

Le séjour auquel nous avons participé avait un intérêt particulier : il était coorganisé par Perla Kaliman, chercheuse à l’université du Wisconsin (Etats-Unis), qui en a étudié l’impact épigénétique (5). Les traumas peuvent en effet inscrire des « marques » sur l’ADN, qui vont modifier son expression (par exemple perturber la réponse au stress ou diminuer la neuroplasticité) ; et ces marques épigénétiques se transmettent sur environ trois générations. Perla a fait, avant et après le séjour, un prélèvement de salive qui a permis d’étudier ces marques et a montré que certaines avaient diminué, permettant notamment une meilleure expression de facteurs de neuroplasticité. Nous avons bon espoir que ces jeunes filles transmettront à leurs enfants non seulement la chance d’avoir une mère apaisée, mais aussi la capacité d’utiliser au mieux leurs gènes pour leur développement et leur résilience. Susana forme en France des collègues à l’animation de ces séjours thérapeutiques, et certaines en ont déjà organisé avec beaucoup de bonheur pour des enfants suivis par l’Aide sociale à l’enfance (6).


Ces groupes permettent l’accès aux soins des personnes qui en ont le plus besoin, et qui ne peuvent financer une thérapie individuelle. De nombreux praticiens EMDR s’engagent ainsi, dans plusieurs régions de France, au bénéfice de réfugiés, de personnes en réinsertion, de bénéficiaires du RSA ou de personnes atteintes de cancer. Voici notre expérience à Lyon... Avec Françoise Contamin, nous avons mis en place une collaboration avec des associations solides (PasserElles Buissonnières et l’Aclaam, qui soutient les 65 associations paroissiales du diocèse de Lyon accueillant des réfugiés). Nous expliquons aux membres des associations comment repérer le stress post-traumatique, le processus de son traitement, et ce que nous attendons d’eux : repérer les personnes qui ont ces troubles et les inviter dans le programme ; pendant les séances, leur apporter un soutien chaleureux et respectueux si elles traversent des émotions intenses ; et entre les séances, les soutenir pour qu’elles utilisent régulièrement les exercices de régulation émotionnelle et soient assidues au programme. Nous proposons une série de 5 à 6 séances de 2 heures pour une dizaine de participants : au cours de la première séance, nous faisons rapidement connaissance et rappelons les signes du stress post-traumatique et comment nous allons le traiter, nous évaluons par un questionnaire le niveau des troubles, et nous renforçons des ressources de régulation émotionnelle.

Les trois ou quatre séances suivantes sont consacrées au retraitement des souvenirs traumatiques, comme je l’ai décrit plus haut. L’utilisation du dessin a plusieurs avantages : il protège l’intimité des personnes quand il y a de la honte (par exemple en cas de viol) et simplifie les problèmes de traduction. Voici l’exemple des dessins faits par une participante au cours d’une des séances :

Les thérapies EMDR de groupe. La force des vécus partagés face aux traumas.
En cas de perturbation émotionnelle trop intense, un thérapeute est disponible pour accompagner individuellement la personne. La dernière séance est consacrée à une évaluation globale, à un questionnaire d’évaluation, et à la reprise des exercices d’auto-soin. Les résultats pour 22 participants montrent que sur l’échelle Sprint (Short PTSD Rating Interview), leur score moyen est passé de 19,3 à 11,7 (il est significatif de trouble post-traumatique à partir de 14). Les participants estiment que leurs symptômes post-traumatiques ont diminué de 47 % et ils ressentent une amélioration globale de leur état de 57 %. Ces résultats sont d’autant plus encourageants qu’ils sont dans une situation de grande précarité et de stress multiples persistants ! Avec l’EMDR, nous soutenons des mouvements de « cicatrisation » naturels du cerveau qui n’attendent que des conditions favorables pour se faire. Nous avons toujours associé à ce travail de groupe un collègue que nous formions ainsi « sur le tas ». Pendant le confinement, les locaux de…

Pour lire la suite de cet article de la revue Hypnose et Thérapies Brèves.

Dr EMMANUEL CONTAMIN
Psychiatre, pédopsychiatre et superviseur EMDR-Europe. Il a exercé à l’hôpital et en CAMSP et a une pratique libérale à Lyon. Il est motivé par l’accessibilité des soins (responsable de la commission EMDR pour tous de l’association EMDR-France), la transmission d’outils d’auto-thérapie et les enjeux socio-écosystémiques de notre résilience collective, avec la problématique de l’éco-anxiété qui devient majeure. Il a écrit plusieurs livres : Guérir de son passé avec l’EMDR et des outils d’auto-soin (Odile Jacob, 2017), Les 5 cercles de la résilience (Larousse, 2021) et Prenons soin de nous. Exercices d’auto-thérapie, Larousse, 2023.

Dr FRANÇOISE CONTAMIN est médecin et praticienne EMDR-Europe.


LAETITIA DE SCHOUTHEETE est psychologue clinicienne et praticienne EMDR-Europe.

Commandez le Hors série n°18 “Le Psychotraumatisme“. Comprendre, désensibiliser, revivre.

Lorsque la Version papier de ce numéro est sera épuisée, la version PDF sera fournie à la place.

Comprendre, désensibiliser, revivre.

Merci à Emmanuel Malphettes d’avoir dirigé ce hors-série d’une très grande qualité sur le psychotrauma : chacun pourra comprendre la manière dont l’hypnose et les thérapies brèves sont des ressources essentielles pour déconstruire la force des histoires traumatiques.

Hélène Dellucci, formatrice à EMDR Europe et spécialiste en thérapie brève centrée compétences nous fait partager son expérience de prise en charge des traumas complexes. Elle montre comment l’utilisation de la « greffe » d’une valeur appartenant à une figure symbolique permet de recréer des liens vivants, pour que le sujet retrouve une capacité à faire face au vide identitaire. Si l’EMDR classique est bien adapté à la prise en charge du stress post-traumatique, dans les traumas complexes la reconnexion à une relation vivante est indispensable avant un travail de désensibilisation.

Roberta Milanese, spécialiste de thérapie brève stratégique, nous présente la technique du ''roman du traumatisme'' pour bloquer les tentatives de solutions (essayer d’oublier le trauma, éviter les situations associées au trauma, demander aide et réconfort) qui maintiennent le pouvoir du trauma dans la vie des personnes victimes de stress post-traumatique. Cette technique nécessite l’installation préalable d’une relation de coopération entre le client et le thérapeute. En cas de trauma complexe, le roman du trauma doit être associé au blocage des tentatives de solution des troubles associés (phobie, obsession compulsive, toxicomanie, automutilation, dépression, trouble de l’alimentation, paranoïa).

Arnaud Zeman nous fait partager ses prises en charge d’enfants multi-traumatisés accueillis dans des ITEP. Il montre l’importance de s’appuyer sur un tiers-sécure pour permettre à ces enfants de rentrer en relation et de réactiver des processus de re-liaison.

Vera Likaj décrit un paradoxe lié au processus dissociatif auquel est confronté tout thérapeute : ce n’est pas parce que le patient est présent et donne son accord verbal pour un travail collaboratif qu’il arrive à faire confiance à son thérapeute. Son texte met en évidence l’importance de l’engagement du thérapeute dans la relation pour que le sujet puisse mobiliser ses ressources.

Emmanuel Malphettes l’importance de donner forme à la sensation de vide qui amène le désespoir et la perte de sens, facteurs de chronicisation. A travers la situation du deuil bloqué d’un père maltraitant, il rappelle l’importance de définir un objectif relationnel pour sortir de la répétition mortifère.

Wilfrid Martineau avec sa finesse clinique habituelle le vécu psycho-traumatique. Cette description va aider chaque clinicien à aiguiser son écoute et à repérer les éléments pertinents dans la plainte afin d’en comprendre le sens.

Emmanuel Contamin, Françoise Contamin et Laetitia de Scoutheete nous présentent les thérapies EMDR de groupe comme facteur de résilience avec des enfants et des adolescents placés, ayant vécu des violences domestiques graves. Ce travail en groupe, très utile aussi dans les situations de catastrophe, est une ressource indispensable pour le thérapeute et les différents programmes de soin lorsque l’on sait que 500 millions de personnes à l’échelle mondiale souffrent de troubles psycho-traumatiques.

Dominique Megglé nous présente son utilisation des mouvements alternatifs (MESMAY), d’autant plus efficaces qu’utilisés de manière plus hypnotique. L’EMDR doit être comprise comme une technique hypnotique complétée par le « photoshop mental » redonnant au sujet, grâce à l’hypnose, la capacité de recréer un monde plus sûr. Il donne un plan détaillé de sa pratique donnant envie de lire ou relire son livre sur le trauma.

Murielle Figureau et Alexandra Princé nous présentent leur travail avec les tremblements thérapeutiques, dans la lignée de David Berceli, inventeur de la méthode TRE. Elles décrivent la technique et illustrent leurs propos d’exemples cliniques.

Éric Bardot, concepteur de la thérapie du lien et des mondes relationnels (TLMR), et Stéphane Roy, décrivent comment sortir des situations traumatiques les plus graves pour habiter un monde humain. Ils précisent la notion de monde relationnel, son lien avec la transe thérapeutique et illustrent cette modélisation par une situation clinique expérimentée en formation.

Évelyne Josse fait le lien entre la théorie poly-vagale, l’hypnose et la co-construction de scénarios réparateurs. Cette technique déjà développée par Janet et Milton Erickson, trouve ici toute sa pertinence en lien avec les travaux de Porgès sur le système nerveux autonome.

Virginie Lagrée souligne à travers un récit très vivant l’importance pour le thérapeute de savoir accepter son impuissance. Les thérapeutes n’ont pas réponse à tout et doivent rester humbles devant le tragique de la vie.

Nicolas D’inca, chroniqueur régulier de la revue, nous présente sa pratique hypnotique dans les troubles dissociatifs de l’identité par la restauration du dialogue interpersonnel et intérieur. Il retrouve les ressources des guérisseurs traditionnels pour aider au processus de réassociation.

Clotilde Hennequin-Rivoire, élève de David Grand, promoteur du brain-spotting, nous montre comment la recherche d’un point oculaire, où le patient se sent moins perturbé et calme dans son corps, est un puissant activateur de ressources pour contacter les parties dissociées.

Nous remercions tous ces collègues de nous avoir transmis le vif de leur expérience pour permettre à chacun de trouver de nouvelles voies ou approfondir celles que nous utilisons dans ces situations si douloureuses et retrouver confiance dans le lien humain..

Crédit Photo © Xavier Montoy

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FORMATEURS et SUPERVISEURS CERTIFIES EMDR IMO.

- Laurence ADJADJ: Psychologue, Psychothérapeute, Présidente de France EMDR IMO ® et de l'Institut HYPNOTIM.
- Laurent GROSS: Psychothérapeute Certifié par ARS en 2013, Kinésithérapeute, Vice-Président de France EMDR IMO ®, Président du CHTIP Collège d’Hypnose et Thérapies Intégratives de Paris et de l'Institut IN-DOLORE
- Dr Pascal VESPROUMIS: Médecin Addictologue, Président de l'ACCH. Anime les supervisions.
- Dr Roxane COLETTE: Médecin Psychiatre, auteur du livre: Petits maux, grands traumas: de l’EMDR à l’IMO, une nouvelle voie de guérison.
- Sophie TOURNOUËR: Psychologue, Psychothérapeute, Thérapeute Familiale et de Couple. Anime les supervisions.
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Laurent GROSS
Vice-Président de France EMDR IMO, Formateur en Hypnose Médicale, et EMDR Intégrative, au CHTIP... En savoir plus sur cet auteur

Rédigé le Jeudi 18 Juin 2026 à 22:49 | Lu 15 fois modifié le Jeudi 18 Juin 2026


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