La relation patient-thérapeute relève du partage affectif, quand chacun apporte son sensible dans l’installation du lien thérapeutique. Exemple avec le cas de Madame L., dissociée de son corps, pour laquelle il a fallu « remettre en place le “nous” dans la bulle hypnotique ».
Si Hippolyte Bernheim a utilisé l’hypnose sous forme d’induction où l’hypnotiste a le pouvoir miraculeux sur l’hypnotisé qui, passivement, reçoit ce magnétisme animal, Milton Erickson a permis d’expérimenter le fait que l’hypnose est avant tout une expérience relationnelle « de réassociation et de réorganisation », où l’induction ne devient qu’un moyen d’y parvenir et non un but.
« La suggestion directe repose principalement, même si cela n’est pas délibéré, sur l’hypothèse que tout ce qui se produit en hypnose provient des suggestions données. Cela implique que le thérapeute a le pouvoir miraculeux d’effectuer des changements thérapeutiques chez son patient, et néglige le fait que la thérapie résulte d’une re-synthèse intérieure du comportement du patient effectuée par le patient lui-même. Il est vrai qu’une suggestion directe peut produire une modification du comportement du patient et entraîner une guérison symptomatique, au moins temporaire. Cependant, une telle “guérison” n’est rien d’autre qu’une réponse à la suggestion et n’implique pas cette ré-association et cette réorganisation des idées, des compréhensions et des souvenirs qui sont tellement essentielles pour une guérison véritable. C’est cette expérience de ré-association et de réorganisation de son propre vécu qui aboutit à la guérison et non la manifestation d’un comportement réactionnel qui peut, au mieux, satisfaire seulement l’observateur » (Milton Erickson).
La mise en place d’une relation sécure et non jugeante avec le thérapeute va permettre au patient de pouvoir faire « cette expérience de ré-association et de réorganisation de son propre vécu ». Etre en relation de façon pleine et entière participe déjà au processus de ré-association, l’induction n’étant qu’un moyen venant colorer cette relation. La relation est du partage affectif, elle est du côté du sensible. Tant que le patient ne perçoit pas l’intention positive du thérapeute à entrer en relation avec lui, il se raidit et ne peut pas accueillir son ressenti sensoriel. Il ne peut pas donner un sens à sa sensorialité intérieure, son sensible, de par cette incapacité à s’y relier en lien avec le thérapeute car la perception de l’intention est la clé nécessaire pour entrer en relation. Et au contraire, quand l’intentionnalité du thérapeute est en place et qu’elle est partagée par le patient, ce dernier peut tisser entre sa sensorialité externe et interne grâce au partage affectif de l’expérience de cette relation et peut alors commencer à se ré-accorder à lui-même, se ré-associer. Il est parfois nécessaire de prendre du temps dans les premières séances pour installer ce lien thérapeutique où l’intentionalité passera de non visible à visible donnant ainsi un sens différent à l’acte thérapeutique. Le « temps long » de ce tissage relationnel permet à la relation de se densifier dans sa forme, ce qui est plus apaisant et stabilisant pour le patient que d’être dans une relation intense et courte. A l’instar de l’induction en hypnose, l’action de toucher ne devient alors plus l’unique intention du thérapeute corporel, kinésithérapeute ou ostéopathe, elle devient la forme que peut prendre la relation thérapeutique lorsque le couple « intention-action » est bien relié. Le fait de toucher sera alors encore plus réassociant pour le patient car il aura pu percevoir quel sens donner à cette action. L’accordage thérapeute-patient permet l’accordage du patient avec sa propre sensorialité, comme le soulignait Erickson dans la phrase ci-dessous.
« Ce n’est que récemment que l’intérêt scientifique rapidement croissant pour l’hypnose a permis de reconnaître en elle une condition ou un état intrapersonnel particulier et de grande valeur, état provenant d’une relation interpersonnelle et ayant une portée significative, tant au plan intrapersonnel qu’au plan interpersonnel » (Milton Erickson, 1980). Autrement dit, c’est parce que je suis en relation avec l’autre que je peux être en relation avec moi-même et donc me ré-associer ou encore me ré-accorder. Tout comme le musicien qui accorde son instrument en écoutant les notes de celui-ci et qui va lui permettre de faire « corps » avec son instrument, le patient se relie à lui-même par une écoute sensible de ses sensations fluides et diverses qui vont alimenter cette relation intrapersonnelle. Cette relation intrapersonelle est vraiment très compromise chez certains de nos patients qui souffrent depuis longtemps, soit à cause de douleurs chroniques ou de blocages émotionnels, et qui ont rompu la relation à leur sensorialité de façon à baisser leur charge émotionnelle. Le corps en relation, à soi et à l’autre, a été totalement désinvesti et ne peut plus être le terrain sécurisant pouvant accueillir les expériences émotionnelles. Ce vide corporel est la raison pour laquelle ces patients ne peuvent pas être en introspection de leur monde sensible, et ce n’est pas une résistance de leur part.
Il est évident que chez ces patients, les traitements purement physiques sont souvent inadéquats car ils ne font qu’augmenter leur propre dissociation et les mettent en échec par cette impossibilité de se relier à eux-mêmes. Le voyage interne les met en grande insécurité et ils sont incapables de s’approprier des changements de sensations que procure la manipulation physique, ce qui est d’ailleurs très décourageant pour le praticien. C’est aussi ce que nous retrouvons dans la théorie polyvagale de Stephen Porges. Le vagal récent ne peut s’harmoniser que lorsque la relation interpersonnelle est suffisamment sécurisante et qui permet l’adaptation du corps en relation, aussi bien au niveau de ses rythmes que de son relâchement, une écoute particulière intrapersonnelle, une synchronisation. C’est ce que nous allons développer dans le cas clinique qui suit.
LE CAS DE MADAME L. COUPÉE DE SON PROPRE CORPS
Madame L. est une patiente de 80 ans qui s’est fait opérer d’une prothèse totale de hanche il y a dix-huit mois. Malgré des séances de kinésithérapie post-opératoire pour réharmoniser musculairement sa nouvelle hanche, elle garde une douleur floue et lancinante à la marche que le chirurgien ne comprend pas. Vivant seule, cette situation commence à l’handicaper pour pouvoir rester autonome et indépendante dans sa vie. Nous commençons alors un traitement en kinésithérapie et les trois séances que nous faisons n’améliorent en rien sa gêne, et connaissant le très bon travail fait avec mon collègue, je fais l’hypothèse que le volet corporel est venu trop vite dans le processus thérapeutique. Je perçois alors le fait qu’elle ne peut pas accueillir un quelconque changement de son état corporel car elle est dissociée de son corps, elle ne peut plus accueillir sa sensorialité comme nous venons de le voir ci-dessus. Il m’apparaît alors essentiel de reprendre du temps pour rendre visible l’intention thérapeutique qui est d’être pleinement en relation avec elle et d’avoir un partage affectif lui permettant de se relier au sensible. C’est alors que nous nous décidons à arrêter le traitement physique et nous programmons une séance d’hypnose. Lors du premier rendez-vous, ce changement de cadre a comme effet sur elle de l’autoriser à se livrer très différemment. Elle me dit que sa vie est « une vie gâchée » du début jusqu’à la fin. Elle garde de son enfance le souvenir d’événements froids qui se succèdent dans une famille où l’affection et le toucher ne sont pas possibles. Elle n’a pas pu expérimenter la relation à un monde sécure où les actions sont reliées aux intentions et permettent un partage affectif. Au contraire, le monde dans lequel elle grandit est un monde où les actions sont des gestes opératoires dénués de toute affection aggravant le processus dissociatif. A partir de l’adolescence, elle se renferme sur elle-même, et à 18 ans le premier jeune homme qui la regarde l’épousera après deux années de fréquentation en tout bien tout honneur. Ce sont deux démunis affectivement et émotionnellement qui commencent alors à vivre ensemble ne sachant pas comment entrer en contact ensemble. Leur sexualité est quasiment inexistante et très désinvestie de toute affection, mais ils auront quand même deux garçons dont le premier meurt à la naissance. Pour le deuxième garçon, elle s’avère être une jeune maman qui fait tout pour rentrer en lien avec ce nouveau-né et essaie de faire différemment de ce que sa famille et sa belle-famille lui lèguent en le touchant beaucoup. Jusqu’au jour où sa soeur lui déconseille vivement de continuer à câliner ainsi son fils de 7 mois auquel cas il deviendra fou et ne pourra plus « lâcher » sa mère. Elle prend peur et décide de suivre les conseils et ne touche plus son fils sauf pour les soins et de façon froide et opératoire. En se coupant affectivement de la relation à son fils, elle se coupe de la même façon de son propre corps qui lui permet de ne plus ressentir de sensation et donc d’émotion, ce que nous avons vu avant sur le lien entre la relation interpersonnelle et intrapersonnelle d’Erickson. Avec cette patiente, nous…
Pour lire la suite...
MARIE-ANNE JOLLY
Masseur-kinésithérapeute en libéral à Lannion (22).Elle a tout d’abord associé le massage chinois à sa pratique avant d’en faire autant pour l’hypnose. Toujours en quête d’apprendre et d’élargir ses connaissances, elle se forme aussi en sexocorporel, en thérapies narratives et en Thérapie du lien et des mondes relationnels (TLMR). Elle partage régulièrement son expérience sur l’apport de l’hypnose dans sa pratique professionnelle en congrès, par des articles, des publications et comme formatrice.
Si Hippolyte Bernheim a utilisé l’hypnose sous forme d’induction où l’hypnotiste a le pouvoir miraculeux sur l’hypnotisé qui, passivement, reçoit ce magnétisme animal, Milton Erickson a permis d’expérimenter le fait que l’hypnose est avant tout une expérience relationnelle « de réassociation et de réorganisation », où l’induction ne devient qu’un moyen d’y parvenir et non un but.
« La suggestion directe repose principalement, même si cela n’est pas délibéré, sur l’hypothèse que tout ce qui se produit en hypnose provient des suggestions données. Cela implique que le thérapeute a le pouvoir miraculeux d’effectuer des changements thérapeutiques chez son patient, et néglige le fait que la thérapie résulte d’une re-synthèse intérieure du comportement du patient effectuée par le patient lui-même. Il est vrai qu’une suggestion directe peut produire une modification du comportement du patient et entraîner une guérison symptomatique, au moins temporaire. Cependant, une telle “guérison” n’est rien d’autre qu’une réponse à la suggestion et n’implique pas cette ré-association et cette réorganisation des idées, des compréhensions et des souvenirs qui sont tellement essentielles pour une guérison véritable. C’est cette expérience de ré-association et de réorganisation de son propre vécu qui aboutit à la guérison et non la manifestation d’un comportement réactionnel qui peut, au mieux, satisfaire seulement l’observateur » (Milton Erickson).
La mise en place d’une relation sécure et non jugeante avec le thérapeute va permettre au patient de pouvoir faire « cette expérience de ré-association et de réorganisation de son propre vécu ». Etre en relation de façon pleine et entière participe déjà au processus de ré-association, l’induction n’étant qu’un moyen venant colorer cette relation. La relation est du partage affectif, elle est du côté du sensible. Tant que le patient ne perçoit pas l’intention positive du thérapeute à entrer en relation avec lui, il se raidit et ne peut pas accueillir son ressenti sensoriel. Il ne peut pas donner un sens à sa sensorialité intérieure, son sensible, de par cette incapacité à s’y relier en lien avec le thérapeute car la perception de l’intention est la clé nécessaire pour entrer en relation. Et au contraire, quand l’intentionnalité du thérapeute est en place et qu’elle est partagée par le patient, ce dernier peut tisser entre sa sensorialité externe et interne grâce au partage affectif de l’expérience de cette relation et peut alors commencer à se ré-accorder à lui-même, se ré-associer. Il est parfois nécessaire de prendre du temps dans les premières séances pour installer ce lien thérapeutique où l’intentionalité passera de non visible à visible donnant ainsi un sens différent à l’acte thérapeutique. Le « temps long » de ce tissage relationnel permet à la relation de se densifier dans sa forme, ce qui est plus apaisant et stabilisant pour le patient que d’être dans une relation intense et courte. A l’instar de l’induction en hypnose, l’action de toucher ne devient alors plus l’unique intention du thérapeute corporel, kinésithérapeute ou ostéopathe, elle devient la forme que peut prendre la relation thérapeutique lorsque le couple « intention-action » est bien relié. Le fait de toucher sera alors encore plus réassociant pour le patient car il aura pu percevoir quel sens donner à cette action. L’accordage thérapeute-patient permet l’accordage du patient avec sa propre sensorialité, comme le soulignait Erickson dans la phrase ci-dessous.
« Ce n’est que récemment que l’intérêt scientifique rapidement croissant pour l’hypnose a permis de reconnaître en elle une condition ou un état intrapersonnel particulier et de grande valeur, état provenant d’une relation interpersonnelle et ayant une portée significative, tant au plan intrapersonnel qu’au plan interpersonnel » (Milton Erickson, 1980). Autrement dit, c’est parce que je suis en relation avec l’autre que je peux être en relation avec moi-même et donc me ré-associer ou encore me ré-accorder. Tout comme le musicien qui accorde son instrument en écoutant les notes de celui-ci et qui va lui permettre de faire « corps » avec son instrument, le patient se relie à lui-même par une écoute sensible de ses sensations fluides et diverses qui vont alimenter cette relation intrapersonnelle. Cette relation intrapersonelle est vraiment très compromise chez certains de nos patients qui souffrent depuis longtemps, soit à cause de douleurs chroniques ou de blocages émotionnels, et qui ont rompu la relation à leur sensorialité de façon à baisser leur charge émotionnelle. Le corps en relation, à soi et à l’autre, a été totalement désinvesti et ne peut plus être le terrain sécurisant pouvant accueillir les expériences émotionnelles. Ce vide corporel est la raison pour laquelle ces patients ne peuvent pas être en introspection de leur monde sensible, et ce n’est pas une résistance de leur part.
Il est évident que chez ces patients, les traitements purement physiques sont souvent inadéquats car ils ne font qu’augmenter leur propre dissociation et les mettent en échec par cette impossibilité de se relier à eux-mêmes. Le voyage interne les met en grande insécurité et ils sont incapables de s’approprier des changements de sensations que procure la manipulation physique, ce qui est d’ailleurs très décourageant pour le praticien. C’est aussi ce que nous retrouvons dans la théorie polyvagale de Stephen Porges. Le vagal récent ne peut s’harmoniser que lorsque la relation interpersonnelle est suffisamment sécurisante et qui permet l’adaptation du corps en relation, aussi bien au niveau de ses rythmes que de son relâchement, une écoute particulière intrapersonnelle, une synchronisation. C’est ce que nous allons développer dans le cas clinique qui suit.
LE CAS DE MADAME L. COUPÉE DE SON PROPRE CORPS
Madame L. est une patiente de 80 ans qui s’est fait opérer d’une prothèse totale de hanche il y a dix-huit mois. Malgré des séances de kinésithérapie post-opératoire pour réharmoniser musculairement sa nouvelle hanche, elle garde une douleur floue et lancinante à la marche que le chirurgien ne comprend pas. Vivant seule, cette situation commence à l’handicaper pour pouvoir rester autonome et indépendante dans sa vie. Nous commençons alors un traitement en kinésithérapie et les trois séances que nous faisons n’améliorent en rien sa gêne, et connaissant le très bon travail fait avec mon collègue, je fais l’hypothèse que le volet corporel est venu trop vite dans le processus thérapeutique. Je perçois alors le fait qu’elle ne peut pas accueillir un quelconque changement de son état corporel car elle est dissociée de son corps, elle ne peut plus accueillir sa sensorialité comme nous venons de le voir ci-dessus. Il m’apparaît alors essentiel de reprendre du temps pour rendre visible l’intention thérapeutique qui est d’être pleinement en relation avec elle et d’avoir un partage affectif lui permettant de se relier au sensible. C’est alors que nous nous décidons à arrêter le traitement physique et nous programmons une séance d’hypnose. Lors du premier rendez-vous, ce changement de cadre a comme effet sur elle de l’autoriser à se livrer très différemment. Elle me dit que sa vie est « une vie gâchée » du début jusqu’à la fin. Elle garde de son enfance le souvenir d’événements froids qui se succèdent dans une famille où l’affection et le toucher ne sont pas possibles. Elle n’a pas pu expérimenter la relation à un monde sécure où les actions sont reliées aux intentions et permettent un partage affectif. Au contraire, le monde dans lequel elle grandit est un monde où les actions sont des gestes opératoires dénués de toute affection aggravant le processus dissociatif. A partir de l’adolescence, elle se renferme sur elle-même, et à 18 ans le premier jeune homme qui la regarde l’épousera après deux années de fréquentation en tout bien tout honneur. Ce sont deux démunis affectivement et émotionnellement qui commencent alors à vivre ensemble ne sachant pas comment entrer en contact ensemble. Leur sexualité est quasiment inexistante et très désinvestie de toute affection, mais ils auront quand même deux garçons dont le premier meurt à la naissance. Pour le deuxième garçon, elle s’avère être une jeune maman qui fait tout pour rentrer en lien avec ce nouveau-né et essaie de faire différemment de ce que sa famille et sa belle-famille lui lèguent en le touchant beaucoup. Jusqu’au jour où sa soeur lui déconseille vivement de continuer à câliner ainsi son fils de 7 mois auquel cas il deviendra fou et ne pourra plus « lâcher » sa mère. Elle prend peur et décide de suivre les conseils et ne touche plus son fils sauf pour les soins et de façon froide et opératoire. En se coupant affectivement de la relation à son fils, elle se coupe de la même façon de son propre corps qui lui permet de ne plus ressentir de sensation et donc d’émotion, ce que nous avons vu avant sur le lien entre la relation interpersonnelle et intrapersonnelle d’Erickson. Avec cette patiente, nous…
Pour lire la suite...
MARIE-ANNE JOLLY
Masseur-kinésithérapeute en libéral à Lannion (22).Elle a tout d’abord associé le massage chinois à sa pratique avant d’en faire autant pour l’hypnose. Toujours en quête d’apprendre et d’élargir ses connaissances, elle se forme aussi en sexocorporel, en thérapies narratives et en Thérapie du lien et des mondes relationnels (TLMR). Elle partage régulièrement son expérience sur l’apport de l’hypnose dans sa pratique professionnelle en congrès, par des articles, des publications et comme formatrice.
Hypnose & Thérapies brèves n°69
N°69 : Mai / Juin / Juillet 2023
Sommaire de ce n°69 présenté par Julien Betbèze, rédacteur en chef:
Quel plaisir de lire un texte de Dominique Megglé sur un sujet comme l’hypnose profonde.
En quelques lignes, il nous fait comprendre l’importance de ce type de transe. Savoir la reconnaître, savoir la demander, oser faire des suggestions directes, être attentif à l’amnésie et donner des suggestions post-hypnotiques : tous les lecteurs de Dominique Megglé savent que ces points sont au centre du travail d’Erickson et qu’ils permettent d’accéder à la singularité créative du sujet. Une leçon de clinique hypnotique pour améliorer notre pratique !
Après nous avoir montré l’importance de retrouver la relation dans le travail de deuil, François Cartault prolonge son propos en montrant la nécessité de créer du sens à partir des valeurs partagées avec le défunt. Nous voyons comment cette conversation reconnecte le sujet avec ce qui était vivant pour lui dans l’histoire passée et rend possible le développement de nouveaux chemins de vie.
Isabelle Philippe s’appuie sur le travail de François Roustang pour nous faire découvrir la transe cognitive auto-induite (TCAI), terme utilisé par Corine Sombrun pour nommer, dans notre culture occidentale, ce qu’elle a expérimenté dans la transe chamanique. Cet article nous permet de comprendre comment s’organisent l’expérience et les perceptions lors de TCAI et le lien avec une vision de l’hypnose comme modalité de la vie.
Karine Ficini nous expose comment retrouver sa capacité désirante après des épisodes de maltraitance sexuelle.
Michel Lamarlère décrit, avec plusieurs exemples cliniques, le rôle de la réification et de l’externalisation du contexte pour faire émerger de nouvelles significations porteuses de sens ; il souligne l’importance de rester dans une position de ''non-savoir'' pour accompagner le processus de réassociation.
Enfin Géraldine Garon nous donne une nouvelle lecture d’Harry Potter où des ponts se créent entre magie et thérapie, la ''pensine'' prenant des airs d’externalisation. Et comme le dit le professeur Dumbledore : ''Il suffit d’extraire les pensées inutiles de son esprit et de les déverser dans cette bassine pour pouvoir les examiner plus tard tout à loisir'' ; J. K. Rowling nous rappelle que le changement ne se résume pas à des techniques ou à des tours de magie : la relation humaine reste la vraie star d’Harry Potter.
Et n’oubliez pas les rubriques habituelles, Stefano Colombo et Muhuc nous plongent dans l’ivresse des profondeurs, Sophie Cohen nous ''en-chante'', Adrian Chaboche s’autorise à ne pas savoir, et Nicolas D’Inca nous incite à prendre soin de nos démons intérieurs.
Espace : Douleur Douceur
. Marc Galy révise le stoïcisme !
Les ingrédients de la relation thérapeutique tels que proposés par Marc Galy, à savoir : la présence, la posture juste, l’écoute non armée, l’espace de l’attente, nous font clairement sentir que la résilience est la force de la faiblesse.
. Marie-Anne Jolly tisse des liens
. La corporéité, au cœur de la rupture, entre le savoir objectivant et la parole singulière. Le sujet ne fait l’expérience de la relation positive avec le thérapeute en tant qu’être humain et non seulement comme patient que dans la mesure où il va intégrer corporellement les intentions positives du thérapeute et c’est là que l’accordage peut se mettre en place.
Comme nous l’enseigne Julien Betbèze, plus je suis en relation avec l’autre, plus je suis en relation avec moi, cela signifie que plus je suis en relation avec l’autre (je rentre dans son monde, je lâche prise) et plus je suis en relation avec moi, plus je suis libre. Et plus je suis en relation avec moi, tout en étant différent de ce qu’est l’autre, plus l’autre est en relation avec moi (il est alors en capacité d’accueillir les intentions positives dans ma différence). Je suis créatif non pas contre lui mais pour agrandir notre relation. L’un et l’autre sont libres dans un mouvement plein de relations, dans une nécessité de relation. S’il n’y a pas ce partage affectif, on ne peut pas exister en tant que sujet. Tous les processus de réassociation qui permettent au sujet de se sentir incarné et libre passent par cette relation sécure à l’autre, le sujet se sentant validé dans son existence et autorisé dans ses prises d’initiative à construire un monde plein de sens.
De façon très habile, Marie-Anne Jolly fait intervenir le prisme de la théorie polyvagale dans le processus de ré-association et de ré-accordage.
. Philippe Rayet prend le taureau par les cornes pour le plus grand bien de sa patiente. Une spectaculaire guérison d’une douleur post-traumatique en quatre heures ! Philippe Rayet nous fait entrer de plain-pied dans l’arène d’un syndrome douloureux dont souffre l’agricultrice Michèle, bousculée par une vache. C’est par la maîtrise de l’hypnose et de l’EMDR que l’auteur nous présente tout le déroulé du soulagement de sa patiente. Sa finesse clinique lui enjoint de croire à juste titre qu’une douleur n’est jamais neuve. Philippe Rayet ne se contente pas en effet de permettre le soulagement total des symptômes, mais il s’enquiert par l’anamnèse de mieux comprendre le terrain qui a favorisé la dimension traumatique. Son oreille attentive et discrète, que rien n’effraie, qui ne juge pas, peut être qualifiée de divine douceur. Je ne peux que souscrire au titre très parlant de son article : ''Victime d’une vache, elle boit du petit lait'' grâce à l’hypnose... et j’ajouterai : voici une thérapie vachement bien menée !
Livres en bouche
Crédit photo © Suzan RAYFELD
N°69 : Mai / Juin / Juillet 2023
Sommaire de ce n°69 présenté par Julien Betbèze, rédacteur en chef:
Quel plaisir de lire un texte de Dominique Megglé sur un sujet comme l’hypnose profonde.
En quelques lignes, il nous fait comprendre l’importance de ce type de transe. Savoir la reconnaître, savoir la demander, oser faire des suggestions directes, être attentif à l’amnésie et donner des suggestions post-hypnotiques : tous les lecteurs de Dominique Megglé savent que ces points sont au centre du travail d’Erickson et qu’ils permettent d’accéder à la singularité créative du sujet. Une leçon de clinique hypnotique pour améliorer notre pratique !
Après nous avoir montré l’importance de retrouver la relation dans le travail de deuil, François Cartault prolonge son propos en montrant la nécessité de créer du sens à partir des valeurs partagées avec le défunt. Nous voyons comment cette conversation reconnecte le sujet avec ce qui était vivant pour lui dans l’histoire passée et rend possible le développement de nouveaux chemins de vie.
Isabelle Philippe s’appuie sur le travail de François Roustang pour nous faire découvrir la transe cognitive auto-induite (TCAI), terme utilisé par Corine Sombrun pour nommer, dans notre culture occidentale, ce qu’elle a expérimenté dans la transe chamanique. Cet article nous permet de comprendre comment s’organisent l’expérience et les perceptions lors de TCAI et le lien avec une vision de l’hypnose comme modalité de la vie.
Karine Ficini nous expose comment retrouver sa capacité désirante après des épisodes de maltraitance sexuelle.
Michel Lamarlère décrit, avec plusieurs exemples cliniques, le rôle de la réification et de l’externalisation du contexte pour faire émerger de nouvelles significations porteuses de sens ; il souligne l’importance de rester dans une position de ''non-savoir'' pour accompagner le processus de réassociation.
Enfin Géraldine Garon nous donne une nouvelle lecture d’Harry Potter où des ponts se créent entre magie et thérapie, la ''pensine'' prenant des airs d’externalisation. Et comme le dit le professeur Dumbledore : ''Il suffit d’extraire les pensées inutiles de son esprit et de les déverser dans cette bassine pour pouvoir les examiner plus tard tout à loisir'' ; J. K. Rowling nous rappelle que le changement ne se résume pas à des techniques ou à des tours de magie : la relation humaine reste la vraie star d’Harry Potter.
Et n’oubliez pas les rubriques habituelles, Stefano Colombo et Muhuc nous plongent dans l’ivresse des profondeurs, Sophie Cohen nous ''en-chante'', Adrian Chaboche s’autorise à ne pas savoir, et Nicolas D’Inca nous incite à prendre soin de nos démons intérieurs.
Espace : Douleur Douceur
. Marc Galy révise le stoïcisme !
Les ingrédients de la relation thérapeutique tels que proposés par Marc Galy, à savoir : la présence, la posture juste, l’écoute non armée, l’espace de l’attente, nous font clairement sentir que la résilience est la force de la faiblesse.
. Marie-Anne Jolly tisse des liens
. La corporéité, au cœur de la rupture, entre le savoir objectivant et la parole singulière. Le sujet ne fait l’expérience de la relation positive avec le thérapeute en tant qu’être humain et non seulement comme patient que dans la mesure où il va intégrer corporellement les intentions positives du thérapeute et c’est là que l’accordage peut se mettre en place.
Comme nous l’enseigne Julien Betbèze, plus je suis en relation avec l’autre, plus je suis en relation avec moi, cela signifie que plus je suis en relation avec l’autre (je rentre dans son monde, je lâche prise) et plus je suis en relation avec moi, plus je suis libre. Et plus je suis en relation avec moi, tout en étant différent de ce qu’est l’autre, plus l’autre est en relation avec moi (il est alors en capacité d’accueillir les intentions positives dans ma différence). Je suis créatif non pas contre lui mais pour agrandir notre relation. L’un et l’autre sont libres dans un mouvement plein de relations, dans une nécessité de relation. S’il n’y a pas ce partage affectif, on ne peut pas exister en tant que sujet. Tous les processus de réassociation qui permettent au sujet de se sentir incarné et libre passent par cette relation sécure à l’autre, le sujet se sentant validé dans son existence et autorisé dans ses prises d’initiative à construire un monde plein de sens.
De façon très habile, Marie-Anne Jolly fait intervenir le prisme de la théorie polyvagale dans le processus de ré-association et de ré-accordage.
. Philippe Rayet prend le taureau par les cornes pour le plus grand bien de sa patiente. Une spectaculaire guérison d’une douleur post-traumatique en quatre heures ! Philippe Rayet nous fait entrer de plain-pied dans l’arène d’un syndrome douloureux dont souffre l’agricultrice Michèle, bousculée par une vache. C’est par la maîtrise de l’hypnose et de l’EMDR que l’auteur nous présente tout le déroulé du soulagement de sa patiente. Sa finesse clinique lui enjoint de croire à juste titre qu’une douleur n’est jamais neuve. Philippe Rayet ne se contente pas en effet de permettre le soulagement total des symptômes, mais il s’enquiert par l’anamnèse de mieux comprendre le terrain qui a favorisé la dimension traumatique. Son oreille attentive et discrète, que rien n’effraie, qui ne juge pas, peut être qualifiée de divine douceur. Je ne peux que souscrire au titre très parlant de son article : ''Victime d’une vache, elle boit du petit lait'' grâce à l’hypnose... et j’ajouterai : voici une thérapie vachement bien menée !
Livres en bouche
Crédit photo © Suzan RAYFELD
LE LIVRE BLANC DES FORMATIONS EN HYPNOSE. VERSION 2020-2021
... Mais toujours d'actualité.
Dans "la jungle" des formations en hypnose, il est de plus en plus difficile de faire son choix lorsqu'on cherche une formation correcte. Entre les formations qui acceptent le tout-venant et celles qui sont réservées aux professionnels de santé, le site therapies-complementaires.com édite depuis 2014 son livre blanc afin que le professionnel puisse choisir...
https://therapies-complementaires.com/le-livre-blanc-des-formations-en-hypnose
Issu du Livre Blanc de l'Hypnose Clinique et Thérapeutique de la CFHTB Confédération Francophone Hypnose et Thérapies Brèves, que vous pouvez télécharger intégralement en cliquant ici